A chacun son métier

A chacun son métier... et les chevaux seront mieux traités !

Pierre Enoff octobre 2023

Deux corps de métier principaux interviennent actuellement sur les sabots, et par conséquence sur la locomotion des chevaux.

Lorsque sont interrogés les élèves vétérinaires, tous sans exception nous apprennent que dans leur cursus d’enseignement, la locomotion équine est à peine effleurée. Il leur est vivement conseillé de se tourner vers les maréchaux-ferrants pour tous les problèmes liés aux sabots des chevaux.

Certes, la formation que reçoivent les maréchaux-ferrants décrit les différentes parties du doigt du cheval mais ne contient pas de cours de dynamique – la science du mouvement. Il est conseillé aux élèves maréchaux de se tourner vers les vétérinaires qui pour eux doivent être la référence.

Dans ces conditions, force est de constater qu’aucune des deux professions intervenant sur les sabots n’est formée pour être compétente en matière de locomotion équine. Il suffit, pour s’en assurer, de demander à ces intervenants quel est le mécanisme précis qui permet d’emmagasiner l’énergie liée au déplacement, quelles sont les forces en présences au moment de l’impact au sol, comment ces forces s’organisent-elles dans la structure tendino-squelettique, quelle est l’intensité de l’énergie cinétique ou encore quelle est l’unité qui la caractérise.

Autant de questions qui requièrent un savoir en physique pour y répondre avec pertinence.

a-chacun-son-métier

L’alliance objective de deux incompétences

La locomotion – la science du mouvement – n’est ni le métier des vétérinaires ni celui des maréchaux-ferrants. C’est le métier de personnes ayant des connaissances en dynamique, les physiciens.

Ce constat pose le problème de fond. Forts d’une pratique traditionnelle nous venant de la période militaire durant laquelle le but n’était pas de s’assurer du bien-être du cheval, arme de guerre, mais de le faire « fonctionner » sur n’importe quel substrat, à n’importe quelle allure et de le faire « durer » le maximum de temps – fers à l’endroit, à l’envers... Poursuivant cette trajectoire, les vétérinaires et les maréchaux perpétuent cette pratique traditionnelle sans questionnement alors que le paradigme a changé.

Sans contestation de qui que ce soit, le duo a continué à s’approprier l’intervention sur les sabots, la soi-disant rectification des aplombs, la pose d’orthèses, sans pour autant apprendre les bases de la locomotion équine.

Comment confirmer une telle hypothèse ? C’est simple : si vétérinaires et maréchaux-ferrants connaissaient les bases de la locomotion équine, ils sauraient que le cheval ne se réceptionne pas sur ses ongles, ce qu’ils le contraignent à faire en le ferrant.

Le couple « vétérinaire-maréchal-ferrant » nous est présenté comme une union de compétences alors que nous nous trouvons de fait face à une alliance objective de deux incompétences.

Constatons que malheureusement, cette alliance d’incompétences bénéficie d’un statut puissant dans le monde équestre traditionnel.

rivière-troupe-chevaux

Vétérinaires équins : des biologistes qui s’autoproclament spécialistes en bio-mécanique

Il suffit de consulter l’organigramme du Cirale (Centre d'imagerie et de recherche sur les affections locomotrices équines) pour constater que l’équipe n’est constituée que de docteurs vétérinaires. Ne cherchez pas de physiciens, il n’y en a pas. Vous n'en trouverez pas non plus au "Conseil scientifique" de l'IFCE (34 personnes dont 9 agronomes et 9 vétérinaires).

Pour être complète, la recherche scientifique en matière de biomécanique ne peut se passer d’échanges de savoir entre biologistes et physiciens, les lois physiques imposant les solutions biologiques, d'où le mot valise "biomécanique", les réponses de la "bio" aux lois de la "mécanique ".

Il est donc incontournable, pour apprécier les solutions biologiques, de maîtriser les lois physiques.

Le monde vétérinaire équin traditionnel a la particularité de s’affranchir de cette impérieuse nécessité.

C’est ainsi que de nombreuses thèses validées par les « spécialistes vétérinaires de la locomotion équine » sont émaillées de stupidités en termes de physique. Nous comprenons le problème des mandarins vétérinaires équins : s’ils laissent entrer un physicien dans leurs travaux, la théorie du ferrage s’écroule et toutes les thèses sur le sujet sont à jeter à la poubelle. Ça ferait désordre, mais tellement de bien aux chevaux !

Impossible de trouver une thèse vétérinaire traitant de la locomotion équine sans qu’elle soit truffée de contre-sens en termes de biomécanique. L’objectif ferrage perturbe les esprits au point de tordre les lois du mouvement et d’inhiber toute réflexion.

Citons une de ces études qui vaut son pesant d’or : « L’EFFET DE L’AMORTISSEMENT DES FERS SUR LA LOCOMOTION. (1) » Le fer qui amortit, ça ne s’invente pas, et surtout cela démontre l’ignorance sur les propriétés physiques du fer. Ignorance de l’élève vétérinaire auteur de la thèse mais aussi de ses profs… vétérinaires, et du jury constitué de… vétérinaires !

Tout cela pourrait prêter à rire sauf qu’au bout de ces ignorances il y a le cheval et son propriétaire, abusés par ces « spécialistes en locomotion « équine » qui n’en sont pas.

Prenons un autre exemple : la théorie du fameux « rapport étroit » (2) avancée par le pape adulé de la locomotion équine, le prof véto DENOIX. Théorie ridicule qui confond une proximité « anatomique » avec une proximité fonctionnelle ou encore une proximité durant la phase embryonnaire. Il n' y a pas de "rapport étroit" ni fonctionnel ni au niveau embryonnaire. Cette théorie avalise le ferrage mais ne répond en rien à la réalité biologique qui elle est conforme aux lois du mouvement.

Nous pouvons aussi évoquer cette étude menée par le Docteur vétérinaire Nathalie CREVIER DENOIX, directrice de thèses, qui a la prétention de déterminer "Les effets biomécaniques des sols sur l'appareil locomoteur du cheval" (3), mais qui, pour mener ses observations fixe sur la paroi du cheval un accéléromètre triaxial - voir photo ci-dessous.-, ignorant de fait les conséquences biomécaniques d'un tel appareillage. Le cheval ainsi équipé est contraint de se déplacer sur sa paroi au lieu de se réceptionner sur sa fourchette et la masse en bout de membre augmente considérablement le moment physique. En résumé, il n'est pas pris en compte la modification totale de la locomotion du cheval testé, un comble quand on a la volonté d'étudier l'appareil locomoteur.

Tordre la physique pour la faire entrer dans le postulat ferrage n’est pas une démarche scientifique. Un bio mécanicien sérieux isole le système, fait le bilan des forces en présence, définit leurs directions, leurs intensités, observe le positionnement et la forme des éléments qui composent le système, en définit la résistance mécanique pour, au final, en déterminer la fonction.

accelerometre

Ne pas confondre formation et formatage

En ignorant superbement les physiciens, l’IFCE (Institut français du cheval et de l'équitation), organisme d’État en charge, entre autres, du mieux-être des chevaux et de la formation des intervenants, perpétue l’incompétence en matière de locomotion équine. Cet institut, qui se présente comme étant une référence scientifique, est largement responsable du fait que cette carence en matière de locomotion se perpétue dans le monde équestre. Il organise régulièrement des formations ayant pour sujet l’intervention sur les sabots, sur la locomotion, organise même des séminaires, des rencontres au sommet. Mais qui sont les conférenciers ? Des vétérinaires et des maréchaux. Ce n’est donc pas la transmission d'un savoir, c’est la transmission d’une pratique traditionnelle qui ne s’appuie sur aucune pertinence scientifique. Ce n’est pas de la formation sur la locomotion, la posture ou les aplombs, c’est du simple « formatage au ferrage ».

galop-plage-01

A chacun son métier

Alors qu’il serait incongru qu’un physicien se prétende spontanément spécialiste en biologie, nous ne pouvons que conseiller au corps vétérinaire traditionnel de ne pas sortir de leur champ de compétence qu’est la biologie et de laisser les physiciens s’occuper de la locomotion, ou mieux, d'acquérir au minimum les bases de la dynamique, et tant pis pour lui si cette acquisition de connaissances le conduit inévitablement à abandonner la pratique du ferrage. Ce sera tant mieux pour les chevaux et pour la relation que nous entretenons avec eux.

Dirigeants des écoles vétérinaires, du CIRALE ou de l’IFCE, nous comprenons que pour vous, introduire des physiciens dans la locomotion équine c’est mettre le loup dans la bergerie du ferrage !

Dirigeants, soyez assurés que cette résistance au savoir ne tiendra pas éternellement, et surtout pas en se disant : autant gérer que de se laisser déborder, que d’être publiquement discrédité.

Reconnaissons qu’il faut avoir une bonne dose de courage, de réflexion et d’humilité pour enfin admettre que c’est bien la terre qui tourne autour du soleil.

A chacun son métier, le vôtre, « dirigeants », est d’inviter dans vos formations, vos colloques, vos meetings, des bio-mécaniciens non soumis au formatage du ferrage qui démontreront qu’il est physiquement impossible que le cheval se réceptionne sur ses ongles, et que le contraindre à le faire n’est pas conforme à sa locomotion et donc n’est pas sans conséquence sur sa santé... dont vous avez la responsabilité institutionnelle.

Les lois physiques sont universelles et leur respect incontournable ! cf Isaac NEWTON.

Pour conclure citons Bracy Clark docteur vétérinaire qui en 1817 écrit dans l'introduction de son ouvrage "Recherches sur la construction du sabot du cheval, et suite d'expériences sur les effets de la ferrure :

L'ART de ferrer les chevaux est simple en lui-même ; la seule inspection du procédé, et la facilité avec laquelle ceux qui l'exercent parviennent à l'apprendre, le démontrent évidemment. Ses effets, toutefois, sur le pied du cheval, sont d'une nature plus compliquée qu'on ne le croit généralement, et ont été jusqu'à présent méconnus.

On ne s'est pas aperçu qu'il entrait dans le principe même de l'art un vice fondamental. C'est ainsi que l'ouvrier n'a souvent aucune connaissance des principes de l'art qu'il pratique , et qu'un maçon, par exemple , peut mettre toute sa vie des pierres ou des briques les unes sur les autres, sans être au fait d'un seul principe d'architecture."

Tout est dit !

 

(1) Thèse Docteur vétérinaire Raymond PUJOL 2016 : L’EFFET DE L’AMORTISSEMENT DES FERS SUR LA LOCOMOTION

(2) Thèse Docteur vétérinaire Julien MARETTE 2006 : Le rapport étroit

(3) Etude Docteur vétérinaire CREVIER DENOIX 2011 : Les effets biomécaniques des sols sur l'appareil locomoteur du cheval

 

Ci-dessous l'extrait de la thèse MARETTE  reprenant le fameux concept du "rapport étroit" entre la troisième phalange et l'ongle.

Marette

6 réflexions sur “A chacun son métier”

  1. Comment faire entendre le plus possible vos connaissances et votre bienveillance pour le bien être du cheval avant le nôtre et faire reconnaître toutes les erreurs du passé et malheureusement aussi d’aujourd’hui à part de partager le plus possible vos articles et de prêcher la bonne parole tous ensembles autour de nous , ce que je fais et ferai toujours même si aujourd’hui on me regarde de haut car je n’ai aucune expérience dans le cheval mais je suis tellement convaincu que vous êtes dans le vrai alors ensemble continuons.

    1. Merci pour votre commentaire. Nous sommes, dans le monde équestre traditionnel, dans une situation dans laquelle il est préférable de ne pas avoir d’expérience que d’avoir pour expérience des pratiques qui ne respectent pas les cheval.

  2. O'CONNOR Blandine

    je n’y connais pas grand’chose non plus mais en tant que naturopathe-hygiéniste je sais que
    la nature est toujours plus intelligente que les humains qui, force est de constater, manquent beaucoup de bon sens
    et puis c’est tellement logique ce que Pierre explique qu’on ne peut qu’adhérer
    quelques ennemis supplémentaires, bof ça ne m’a pas tuée !!
    en revanche mes protégés qui sont morts sont tous partis avec des « beaux pieds » y compris la jument fourbue

  3. Giupponi jean-Louis

    Pierre dans sa gentillesse oublie de dire et c’est un des noeuds du problème qu’autour de la Cirale ça se passe en famille d’une part et que d’autre part le pr à la Noix avait mis au point une variété de fers. Quand on vend de la ferraille on ne peut pas être contre le ferrage.

    Pour essayer d’avancer ne serait-il pas possible de faire ressortir les thèses même si elle ne sont pas formelles de ces vétos, australiens je crois, qui avec forces croquis et observations dynamiques nous avaient convaincu de la malfaisance de la ferrure il y a une trentaine d’années.

    Avant d’entrer à l’hôpital mi-septembre pour une opération à cœur ouvert j’ai dû faire venir un maréchal pour parer mes deux chevaux car je ne le pouvais plus physiquement et ça va durer au moins un an et j’ai malheureusement constaté que les chevaux n’étaient pas sortis de l’auberge.

    Il y avait un jeune ouvrier et un encore plus jeune apprenti qui regardait en tenant la longe, que j’ai essayé de convaincre en surveillant le travail du pareur et en rectifiant au besoin l’équilibre du pied. Ces gamins, de bonne volonté au demeurant, se sentaient sûrs de leur théorie parce qu’ils avaient assisté à une intervention de Le Veillard qu’il tenait pour le maître absolu de la locomotion du cheval. Dans ces conditions la messe était dite et je n’ai pas insisté ; Il reviendront parer sous mes ordres par force majeure mais je ne sais pas si je vais perdre mon temps à leur expliquer le fonctionnement du pied du cheval.

  4. THIERRY COURTIN

    La tendance à déferrer ou à ne pas ferrer fait tâche d’huile, lentement. Les propriétaires de chevaux pensant à leur bien-être. Encore trop souvent ils reculent devant les difficultés à gérer un tel cheval car il faut lui laisser un temps d’adaptation… Trop souvent encore les vétos recommandent la repose de fers, voire à l’envers, lorsque soit disant fourbure qui est mise à toutes les sauces. Alors que l’on sait que les conditions d’élevage et de « gardiennage » ne sont pas top pour l’animal « cheval ». Laissons aussi nos chevaux profiter des bordures le long des chemins en flairant l’air de la Nature. Merci encore à Pierre ! Lecture à suivre des références de thèses, toujours utiles à intégrer dans nos connaissances pour « parer » aux attaques des tenants du fer.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 × 1 =

logo-horizon-noir-blanc

NOUS JOINDRE

+33 4 68 04 59 42
« La Pastorale »

Place Florian ENOFF
66760 Porta - France

MÉTÉO PORTA
-
  12.0 °C  8 km/h  58 °  1011

Retour en haut