Equi-meeting : la question

Avant Propos

Cet article fait suite à un courriel adressé à l’auteur par un maréchal ferrant désolé que nombre de ses collègues refusent l’évolution de la profession, désolé de constater que le savoir scientifique en matière de locomotion équine soit à ce point méprisé par les institutions.

Remercions ce professionnel pour son ouverture d’esprit.

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Rappel à la loi

Les aficionados du ferrage des chevaux se réunissent en septembre 2023 pour la grand-messe EQUI-MEETING MARECHALERIE.

Remarquons tout d’abord que sur l’affiche -voir ci dessous- il est présenté un sabot nu, épanoui, qui vraisemblablement n'a jamais été ferré. Anachronique pour une manifestation dédiée à la maréchalerie. Publicité mensongère ou souci d’être dans l’air du temps alors que plus en plus de propriétaires et de compétiteurs abandonnent le ferrage ?!? Attention, ce grand écart peut conduire à une déchirure…

affiche-equimeeting

Observons ensuite qu’il est rare qu’une pratique qui ne respecte pas la loi soit placée sous l’égide de la République Française.

Il est même organisé un concours de celui qui, en devenir, sera considéré comme étant le plus professionnel pour enfreindre la loi.

Serait-il exagéré de porter ce regard accusateur ? Pas vraiment quand il est factuellement établi que le cheval ne se réceptionne pas sur ses ongles et qu’en conséquence le contraindre à le faire en le ferrant est un non-respect flagrant de l’article L-214 du code rural. La locomotion est un impératif biologique essentiel tant nous savons que la qualité du mouvement conditionne la qualité de vie de l'individu. Modifier la locomotion d’un cheval en modifiant sa zone de réception, c’est modifier les données biologiques et ça, c’est tout simplement interdit.

Autres lois bafouées : les lois physiques.
Il est  intéressant de constater que pour animer les formations ou les rencontres concernant la locomotion, l’IFCE fait toujours et uniquement appel à des maréchaux ferrant ou à des vétérinaires.
Rappelons que la locomotion est une discipline faisant partie intégrante de la physique, or jamais un physicien digne de ce nom n’est invité pour présenter ce qui régit la biomécanique et pour définir scientifiquement les bases de la locomotion équine…
Nous le savons, la biologie est la réponse aux incontournables lois physiques.
La volonté affichée par l’IFCE de parler de science locomotrice devrait conduire cet institut à inviter, pour être crédible, des physiciens et non pas exclusivement des poseurs de fers ou des biologistes tels que le sont les vétérinaires…

Le thème de la rencontre

PIED PROTEGE OU NON : quels objectifs, quelles contraintes ?

La pratique traditionnelle du ferrage ne réclame, par essence, aucune remise en cause fondamentale. Aussi rend-elle difficile le désir d'acquérir des connaissances complètes sur la locomotion équine.

La formulation de la question est très révélatrice. Elle n’ose pas dire FERRAGE OU NON, elle préfère utiliser un artifice en introduisant insidieusement une notion de protection même si ce n’est pas une réalité. Ainsi elle nous éloigne de la célèbre maxime, le mal nécessaire. Aujourd’hui, sans changer de pratique, on ne fait plus mal, on protège… Magique !

Faisons remarquer aux organisateurs de cette manifestation, qui se veut sérieuse et studieuse, que l’orthèse en fer ou en plastique clouée ou collée sur le sabot ne protège pas mais inhibe le capteur sensoriel qu’est la boite cornée et rend donc le cheval insensible. Insensibilisé par un fer vibrant à fréquence unique, le cheval se déplace à toutes les allures et sans discernement sur tout type de substrats, incapable d’interpréter le terrain afin de préserver ses structures internes. Un aveugle ayant des dés à coudre au bout de ses doigts pour lire du braille…

Culpabiliser celui ou celle qui ne "protège" pas avec le ferrage, entre dans le cadre malicieux de l'inversion des valeurs. Alors que de nombreuses thèses scientifiques identifient les dégâts provoqués par la pratique du ferrage, on laisse supposer que ne pas avoir recours au ferrage serait de la négligence, voire de la maltraitance. Malin mais sans avenir tant le savoir se diffuse auprès des équitants de plus en plus vigilants.

Plus responsable et plus réaliste serait d'organiser en toute lucidité l'inéluctable transition professionnelle de la maréchalerie vers le suivi des sabots libres. Comprendre que la boite cornée, dès lors qu'elle est correctement entretenue, est l'élément protecteur performant dont la mise au point a nécessité cinquante millions d'années d'évolution.

"Quels objectifs, Quelles contraintes ?"  Ajoutons, pour qui ? Pour le cheval ou pour l’humain ?

Si l’objectif est d’aller sur le champ de bataille, sur le champ de courses en faisant fi de l’article du Code rural et des lois physiques, la réponse nous la connaissons, c’est le ferrage.

Si l’objectif c’est d’assurer le mieux-être des chevaux, alors, nous l’avons démontré, ce n’est pas le ferrage qui va les protéger, au contraire.

Quelles contraintes ? Pour le cheval ferré c’est celle, principalement, qui consiste à se réceptionner sur ses ongles mais aussi à multiplier par cinq la masse en bout de membre - voir l'article Equus Caballus, l'exeptionnel monodactyle.

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Poser la bonne question

En fait, durant ces journées d'EQUI-MEETING une seule question devrait être posée aux intervenants et aux participants. Cette question personne ne la posera tout simplement parce que la réponse conduit inévitablement à cesser à terme la pratique du ferrage et à convertir le métier de maréchal ferrant en celui de pareur. Surtout éviter de poser cette question tant il est difficile d'accepter d'abandonner un savoir faire qui fait la fierté de toute une profession.

Au delà d'un déni de réalité, répondre en toute conscience, avec savoir et pertinence à cette question demande de faire preuve d’ouverture et de réflexion. Cette démarche aurait du panache, mais il est à craindre que les chevaux aient à attendre encore longtemps avant que cette question soit posée et du même coup que la réponse efface le mot « maréchalerie » de l’affiche.

Cette rencontre EQUI-MARKETING MARECHALERIE, cet entre soi où l’on se coopte à l’envie, bien au chaud dans ses certitudes, bien à l'abri de cette question si dérangeante, laissera-t-elle un jour la place à un véritable EQUI-MEETING LOCOMOTION empli d’échanges et de savoirs ? L'acquisition de connaissances, la remise en cause, l'abandon de croyances sont certes perturbants mais d'un tel enrichissement pour garantir le mieux être des chevaux. C'est ce que nous souhaitons tous !

Ci-dessous la question qu'EQUI-MEETING évite soigneusement de poser. La réponse en cliquant sur la question.

Sur quelle partie de la boite cornée se réceptionne le cheval ?

 

Ps : Pour être complet sur le sujet ci-joint l'échange de mails avec l'organisation d'EQUI-MEETING qui avait lancé un appel à candidature pour cet EQUI-MEETING 2023.

 

De: EQUILibre <>

Objet: Candidature membre comité de pilotage

Date: 25 septembre 2022 à 12:30:38 UTC+2

À:

 

Bonjour,

De plus en plus de maréchaux ferrant sont confrontés à une clientèle en demande d’intervention sur les sabots libres des chevaux.  Il est opportun que ce sujet soit pleinement traité au sein du comité de pilotage d’Equi-Meeting avec le savoir, l’expérience, la compétence que ce thème requiert.

Forts du potentiel confiance qu’ils incarnent, forts de leur savoir-faire dans l’approche des chevaux, dans la maitrise des gestes, les maréchaux sont les mieux à même d’intervenir auprès des sabots des chevaux. Ils doivent aussi être des conseils éclairés pour les propriétaires souhaitant voir leurs chevaux pieds nus. C’est avec pertinence, connaissance et réalisme conjoncturel que ce secteur, au potentiel économique prometteur, doit être abordé. Nous savons que le thème demeure clivant. Toutefois, cette activité professionnelle pleine d’avenir ne doit pas échapper aux maréchaux ferrant conscients de la nécessité de porter un regard nouveau sur leur profession.

Depuis plus de quarante ans, je mène des études et des observations sur la locomotion équine sabots libres et publie des articles et ouvrages sur ce sujet. Sensible à l’importance de la transmission du savoir, j’anime régulièrement des conférences et des formations qui s’adressent aux particuliers mais aussi aux vétérinaires et aux maréchaux ferrant – cf liens vidéos jointes. De plus en plus de professionnels de la filière participent aux stages que j’organise.

Suite à votre appel, c’est dans ce cadre que s’inscrit ma candidature de membre du comité de pilotage Equi-Meeting.

Je reste à votre disposition pour de plus amples renseignements sur mon parcours et ma motivation.

Merci de votre confiance.

Très cordialement.

Pierre ENOFF

 

Liens témoignages d’un maréchal ferrant IFCE et d’un vétérinaire FEI.

https://youtu.be/l3vM-cffxXs

https://youtu.be/Ry8olRVRAbs

 

Bonjour madame, monsieur,

Vous avez récemment émis le souhait de rejoindre le comité de pilotage du prochain équi-meeting maréchalerie 2023 et nous vous remercions de l'intérêt porté à ce colloque. Nous avons reçu un grand nombre de candidatures et avons, malheureusement, été obligés de procéder à un choix parmi l'ensemble des personnes ayant répondu dans les délais proposés. Cela n'a pas été aisé mais nous avons pris le parti de maintenir le CoPil à une taille raisonnable (12 personnes).

Compte tenu des choix que nous avons réalisés, nous sommes au regret de vous informer que votre candidature n'a pas été retenue.

Néanmoins, je me tiens bien sûr à votre disposition pour relayer tout sujet ou suggestion pour cette prochaine édition.

Bien cordialement,

 

Laetitia Le Masne
Chargée de projets colloques -  par intérim
Direction développement, innovation & recherche - Département diffusion
Institut français du cheval et de l’équitation
Les écuries du bois, 61310 Le Pin au Haras
06 69 08 41 75

5 réflexions sur “Equi-meeting : la question”

  1. Bonjour
    Pour répondre à cette question je vais m’appuyer sur les antérieurs de mon cheval. Il s’agit d’un étalon Pur sang arabe, pieds nus qui a passé son été entre box ( convalescence tendinite) et paddocks en herbe.
    Pourquoi, sur un cheval non ferré dont les pieds ne s’usent pas comme un cheval au travail, un bourrelet apparaît à l’emplacement du fer ?
    Le pied du cheval produit donc une sorte de « fer naturel » à l’ endroit où l’homme y a placé au fil du temps un fer.
    Le cheval se réceptionne donc d’abord sur ce pourtour qui apparaît naturellement en forme de fer à cheval quand il ne l’use pas.
    Ferrer n’est donc pas une hérésie et comme tout outil il faut en faire bon usage selon le temps et l’époque.
    Cordialement
    Mr Kuhn Jessy

    1. Merci pour votre commentaire. Pour vous répondre avec pertinence il conviendrait de nous retracer le parcours de votre étalon. Une première question se pose : a-t-il été ferré et si oui à quel âge et durant combien de temps ? Merci pour votre réponse. Cordialement.

  2. Guillou Christian

    il y a t-il eu des retours de ce maréchal-ferrant de l’IFCE sur les pieds-nus au Haras du Pin ?
    « Traits » amicalement.
    Christian

  3. Bonjour,
    Quel dommage que Pierre enoff ne soit pas retenu peut-être que le chiffre 13 participants fait peur toujours par des croyances ancestrales ou bien peur de la vérité tel est la question.
    Bien à vous,
    Gilles.

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