Quand le doute gagne le monde équestre

Pierre Enoff - Mai 2025

 

En à peine deux décennies, le doute s’est immiscé dans ce monde plein de certitudes et d’ordre établi, dans ce monde au garde-à-vous, pendant trop longtemps régi par la gent militaire.

Mais comment ce milieu équestre verrouillé par des règles martiales a-t-il pu se mettre à douter et à remettre en cause un paradigme installé depuis des siècles ?

Aujourd’hui, on constate qu'il est infiltré par des esprits critiques désobéissant à la « doxa ».

En référence à Descartes, le doute est une méthode redoutable pour accéder à des connaissances fiables. C'est un véhicule formidable pour s’émanciper et s’il est bien une société dans laquelle il y a grand intérêt d’échapper au convenu, c’est celle du monde équestre traditionnel.

Mettre son jugement et ses choix en attente d’éléments probants permet d’éviter l’erreur, de remettre en perspective sa manière de fonctionner, de vérifier la pertinence de ce que l’on croit savoir. Une foultitude de praticiens croit savoir et sont même capables d’affirmer à un néophyte qui, candide, remet en cause leur pratique : « Vous n’avez pas tous les éléments. ». Ils ne réalisent pas qu’eux-mêmes pratiquent sans avoir intégré les savoirs nécessaires. S’ils y avaient accès, nombre de pratiques sans aucun fondement scientifique seraient abandonnées.

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Or, c'est précisément cet obscurantisme du monde équestre traditionnel qui invite au doute.

En marge de l’institution, les réseaux sociaux participent activement à la remise en cause de la chose établie. Comme le doute a ceci de particulier qu’il génère des alternatives, celles-ci circulent à grande vitesse sur la toile. Elles sont elles-mêmes critiquées, publiquement débattues, s’affrontent avec vigueur, chacun y allant de son analyse. Peu importe la pertinence des propositions, l’essentiel est en route, le doute va nous mener inéluctablement à la connaissance et à la vérité scientifique. 

Certes cela prendra du temps, le temps d’éliminer une à une les certitudes, le temps de comprendre que lorsque l’on doute, on raisonne. Ça tombe bien, c’est justement le raisonnement scientifique qui fait défaut dans les pratiques du monde équestre traditionnel. Remarquons que l’institutionnel produit une forte résistance au doute en affirmant des théories ni raisonnables, ni raisonnées en termes de rigueur scientifique puisqu’il invente des explications visant à justifier une pratique. Une pratique n’a pas à conduire un raisonnement. C’est le raisonnement qui amène à une pratique. Inversion malheureuse du processus qui devrait alimenter le doute puisqu’elle est de plus en plus démasquée.

Quand, par exemple, pour justifier la pratique du ferrage, il est affirmé dans les thèses vétérinaires que le fer amortit, il convient d’avoir un sérieux doute sur cette affirmation dénuée de sens. Ce doute doit nous amener à l’interrogation, à la recherche d’éléments factuels et, par conséquent, vient nourrir notre connaissance.

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Le doute ne doit pas faire de concession, au risque de se perdre. Sa qualité radicale est une exigence pour parvenir au savoir. Radical au sens d’aller à la racine, sans se laisser distraire par des certitudes conventionnelles et se retrouver piégé, au milieu du gué, dans l’incapacité d’argumenter sereinement. « Le ferrage ? Je ne suis ni pour ni contre, c’est selon. » La question n’est pas d’avoir une opinion sur tel ou tel sujet, d’être pour ou contre, de ménager la chèvre et le chou. Quand nous avons un doute, nous devons en définir le bien-fondé, la relevance. Une opinion n’est pas le fruit d’un raisonnement mais juste une conviction, pas forcément étayée. Le champ de découvertes que nous offre le doute ne doit pas nous faire hésiter dans l’engagement vers le savoir. Nous devons faire le deuil de nos croyances, si prégnantes dans le monde équestre. L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne mais exige d’agiter ses neurones, de réfléchir, d’investiguer.

Bonne nouvelle pour le monde équestre, grâce au doute qui le gagne, il peaufine son raisonnement. N’en déplaise aux réfractaires qui, du haut de leur citadelle de certitudes, ne doutent de rien, le monde équestre moderne avance… sans eux.

Pour paraphraser mon pote René : Dubito ergo sum

Doutons !

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