Décoder le code
Pierre Enoff - Mai 2025
Régulièrement et avec insistance, la corporation des maréchaux-ferrants dénonce et menace les sabodicures, autrement dit les toiletteurs de sabot, considérant qu’ils exercent une activité illégale en référence à l’article L. 243-3 du Code rural :
« Outre les soins de première urgence autres que ceux nécessités par les maladies contagieuses, qui peuvent être réalisés par toute personne, des actes de médecine ou de chirurgie des animaux peuvent être réalisés par :
1° Les maréchaux-ferrants pour le parage et les maladies du pied des équidés, et les pareurs bovins dans le cadre des opérations habituelles de parage du pied ».
Notons que cet article ne fait aucunement mention du toilettage ou de l’entretien de la boîte cornée prodigués par les sabodicures et que l’entretien des sabots n’est nullement un acte de médecine ou de chirurgie.
Ce n’est pas non plus un acte de parage - Parage : nom masculin. Nettoyage chirurgical d’une plaie avant sa réparation et sa suture.
Il ne s'agit pas d'une intervention sur les maladies du pied.
Le sabodicure s’en tient à tenir une boîte cornée correctement entretenue afin qu’elle soit performante et qu’elle réponde ainsi à sa fonction. Tout à fait légalement, c'est dans ce cadre que professionnellement le toiletteur bénéficie d'un code APE qui lui permet de faire couvrir son activité par une compagnie d'assurance.
Impératifs biologiques
Il est étonnant de constater que ceux qui, souhaitant préserver leur champ de compétence, en appellent au Code rural alors qu’ils oublient soigneusement de se référer à l’article L. 214-1 de ce même code :
« Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »
Nous connaissons l’importance du mouvement. Le mouvement c’est la vie, la qualité du mouvement c’est la qualité de la vie. Intervenir dans le mouvement doit être compatible avec les impératifs biologiques du cheval nous dit la loi.
Contraindre le cheval à se réceptionner sur son ongle en le ferrant, alors que biologiquement il se réceptionne sur sa fourchette, élément protecteur du coussinet digital, ne s’inscrit pas dans cette compatibilité imposée par l’article L. 214-1 du Code rural.
En conséquence, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, ce ne sont pas les sabodicures qui sont hors la loi, ce sont ceux qui pratiquent le ferrage au titre du non-respect de l’article L. 214-1 du Code rural.
Contrairement à ceux qui déposent plainte contre les sabodicures, il n’est pas question de saisir le tribunal pour faire entendre raison à ceux qui pratiquent le ferrage des chevaux.
Il est plus serein de compter sur leur réflexion, sur leur intérêt pour qu'ils en viennent à respecter les fameux impératifs biologiques.
Pour qu’ils soient en capacité de les respecter, il convient, évidemment, qu’ils les connaissent.
L’incitation à l’acquisition de savoir, la diffusion de faits scientifiquement établies sont bien plus gratifiantes qu’un dépôt de plainte revanchard.
Sensible, vous avez dit sensible ?
Les sabodicures n’y sont pour rien si le cheval ne se réceptionne pas sur son ongle, n’y sont pour rien si la pratique du ferrage n’est pas compatible avec les impératifs biologiques du cheval. Ce ne sont pas des sabodicures qui ont rédigé le Code rural. Ils auraient pu rédiger cet article L. 214-1 plein de sagesse et de bon sens. D’ailleurs, qui n’assumerait pas avec bonheur et fierté une rédaction aussi concise dans l’expression que fondamentale dans son contenu ?
« Tout animal est un être sensible » nous rappelle-t-il.
Donnée primordiale qui n'est pas inscrite par hasard dans l’article premier du Code rural consacré à la protection des animaux.
Rendre insensible le cheval en lui clouant un fer vibrant à fréquence unique, en inhibant par conséquence la fonction sensorielle assurée par la boîte cornée, nous place dans un irrespect total de cette notion essentielle :
Le cheval est un être sensible !
* Sabodicure : Mot-valise composé de sabot et de cure.
Cure de curare, qui signifie " prendre soin de " .
Le -t- de sabot ne se lisant pas, il a disparu au profit de « di », élément de liaison phonétique évoquant la profession de pédicure pour les humains.
Les sabodicures assurent l’entretien des sabots.
(Extrait du Mémento Impertinent)
Je suis tout à fait d’accord. J’informe à ma petite échelle ceux que je côtoie, avec comme preuve toutes les activités qu’on pratique avec mon haras avec nos chevaux qui ne sont pas et n’ont jamais été ferrés.
André, merci pour votre commentaire. Il n’ y a pas de « petite échelle » dans la diffusion du savoir, chaque implication porte ses fruits ! Merci à vous.