Le ferrage est-il une torture ?

Torture, vous avez dit TORTURE ?!?

Dans la lettre qu’il a adressée au médiateur de France 5 suite à l’émission de La Grande Librairie du 12 octobre 2022 faisant la promotion du ferrage (1), Jean-François DALBIN (2) assimile le ferrage à une torture pour le cheval.

L’association des mots « ferrage » et « torture » n’a pas manqué de susciter de nombreuses réactions souvent vives. Le sujet du ferrage demeure clivant et ceux qui dénoncent fermement cette pratique sont perçus comme « extrémistes ».

Au delà de l’atmosphère passionnelle que peut engendrer le mot « torture », abordons le sujet avec sérénité. Admettons que qualifier de torture une pratique qui, dans l’esprit de la grande majorité d’équitants, se veut être une action de protection peut être perçu comme une provocation. Le grand écart entre « torture » et « protection » garantit la déchirure au point que même certaines personnes favorables aux chevaux « pieds nus » sont torturées par l’utilisation d’un mot jugé par elles comme « ne servant pas la cause ».
Dire clairement les choses telles qu’elles sont ne servirait pas. Il conviendrait donc d’être diplomate pour ne pas choquer l’équitant. On peut donc constater que le ferrage est une torture pour le cheval mais il ne faut pas le dire ou du moins il faut le dire avec nuance. Le cheval n’a que faire de la nuance alors qu’il connaît bien cette douleur extrême alors que, ferré, il est contraint de se déplacer sur ses ongles. Le fameux « ferrage mal nécessaire ». Le mal pour le cheval et le nécessaire pour nous. Nous aurions donc la nécessité de faire mal. Ne serait-ce pas la définition de la torture ?
En ne s’inscrivant pas dans le politiquement correct, d’évidence le mot « torture », bien que réaliste, est violent sans doute parce que la réalité factuelle est elle-même violente.

 

Tripalium-02

Changeons de contexte.

En Chine, du Xe siècle à la moitié du XXe, pour des raisons soi-disant « érotiques », les pieds des femmes étaient bandés. S’est installée la croyance suivant laquelle, pour se marier il fallait avoir les pieds bandés. Balivernes ! Il fallait surtout que le mari ait ainsi l’assurance que son épouse, handicapée dans ses déplacements, ne puisse pas trop s’éloigner…
Sans compter les 10% de jeunes femmes qui décèdent suite à une septicémie, le bandage génère des douleurs et perturbe la locomotion. Toutefois, à l’époque, malgré les dégâts identifiés, cette pratique n’était pas appréciée comme étant une véritable torture pour les jeunes filles. Au contraire, c’est le « pied nu » qui était devenu un tabou… et le pied bandé la règle. Seuls les pauvres, n’ayant pas les moyens de payer un intervenant spécialisé, ne bandaient pas les pieds.
Au cours des siècles, la lucidité de certains va permettre de dénoncer cette pratique et d’en demander l’abolition. Plusieurs empereurs et impératrices, conscients des dégâts provoqués, tenteront sans succès de mettre fin à cette pratique et c’est seulement en 1949 que la République Populaire met fin définitivement au bandage des pieds des Chinoises.

pieds chinoise art

Aujourd’hui, il est évident et admis par tous que le bandage était une torture pour les jeunes filles. En revanche, malgré l’alerte des professionnels de la biomécanique équine moderne opposée aux recommandations des « mandarins traditionalistes », il demeure difficile d’intégrer le mot « torture » au message dénonçant le ferrage.

Et pourtant, le ferrage des chevaux présente de fortes similitudes avec le bandage mutilant des pieds des Chinoises. Au-delà des douleurs générées par le fait que les chevaux ferrés soient contraints de se réceptionner sur leurs parois, c’est la base de leur locomotion qui est perturbée, avec pour conséquence des dégâts souvent irréversibles sur leurs structures internes. Le pied nu reste cependant un tabou, la croyance continue à avancer les yeux bandés et la dénonciation argumentée d’un ferrage invalidant ne convainc encore qu’une minorité d’équipants…

Dix siècles pour voir la fin de la pratique torturante du bandage des pieds. Combien de siècles pour voir la fin de la pratique torturante du ferrage des pieds des chevaux ?

Constatons que régulièrement ce sont les femmes, qu’elles soient girafes ou excisées, les enfants, parfois soumis à la scarification, et les animaux, qui subissent des souffrances extrêmes, des tortures inacceptables.

Tant pis si cela choque, torture, nous avons bien dit TORTURE !!!

 

Pierre ENOFF octobre 2022

(1) Interview de l’autrice Sandrine Collette
(2) Eleveur d’équins

1 réflexion sur “Le ferrage est-il une torture ?”

  1. Le plus grand fléau de l’humanité n’est pas l »ignorance MAIS LE REFUS DE SAVOIR !!! Simone de B.

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