Sous couvert d’éthologie le monde équestre propose des solutions magiques, quitte à tordre le sens des mots. Dans cette annonce jointe les protagonistes parlent de « l’intérêt de motiver les chevaux avec des récompenses alimentaires ». Pour tout individu l’alimentation devrait-être une évidence ne passant pas par la notion de récompense. Alors que penser de cette notion : si tu fais ce que je te demande de faire, je t’offre à manger… Cela s’appelle de la mise en dépendance alimentaire. Nous sommes de fait bien loin d’une relation sereine comme cela est évoqué dans le texte de l’annonce, bien loin d’une «motivation relationnelle », nous sommes dans du conditionnement relationnel.

En fait, ne confondons pas, le renforcement n’est pas positif pour le cheval placé en attente de récompense, il est positif pour l’humain qui pratique cette méthode par manque de respect, par facilité, par ignorance, par mépris de l’intégrité. Ayant plus de 80 chevaux comme partenaires depuis plus de quarante cinq années, il est facile de comprendre combien il serait impossible de gérer la relation que nous entretenons avec ce groupe équin si nous opérions à coup de récompense alimentaire. C’est donc sans avoir recours à la méthode contestable de la récompense que nous sommes en relation complice. Placer la relation au niveau de la récompense c’est instaurer une relation biaisée. De plus elle est inutile, contre productive, superficielle voire dangereuse. Nous avons eu l’opportunité de voir une artiste évoluant avec son étalon, lequel ne supportant plus d’attendre sa récompense alimentaire, exigeait toujours plus, allant jusqu’à agresser sa partenaire de spectacle. Le cheval soumis à ce type de relation ne voit plus qui nous sommes, il ne voit en nous que la récompense, ce qui peut le rendre très agressif quand nous ne répondons pas à cette attente pavlovienne.

La récompense pourrit véritablement toute relation. Asservir est l’exact contraire du respect de l’autre. La récompense n’a rien à voir avec un quelconque « apports scientifique de l’éthologie » comme le mentionne l’auteur du message. Plus intéressant, plus serein est la reconnaissance. Les chevaux sont sensibles et attentifs.

Ils savent parfaitement apprécier nos intentions, par nos attitudes, par notre expression verbale, par l’odeur que nous dégageons. Ils sentent et détectent notre état d’esprit, notre bienveillance, notre volonté d’échange. Ne les prenons pas pour des niais insensibles qui auraient besoin de récompense pour comprendre le niveau de la relation nous souhaitons avoir.
Eviter de placer son partenaire cheval dans la dépendance alimentaire systématique garantit une relation épanouie. Vu par le cheval l’accès à son alimentation est un droit inaliénable qui s’inscrit dans ses besoins physiologiques.

2 réflexions sur “Le renforcement positif, c’est quoi ?”

  1. Bonjour,

    Je découvre aujourd’hui vos articles et m’en délecte depuis une bonne heure mais celui-ci m’interroge :

    En considérant que le cheval a un accès continu à sa nourriture et que la récompense n’est qu’un « petit plus » particulièrement appétissant, n’est-il pas envisageable d’utiliser cette dernière avec modération, en guise d’outil de validation d’une action demandée ?

    Mon hypothèse part du postulat que l’animal et l’homme sont déjà dans une relation de complicité, que les besoins du cheval sont « suffisamment » respectés et qu’ils ont à leur actif de nombreuses balades en main en plein air.

    Hélène Roche indique dans son ouvrage « Motiver son cheval » que la récompense sera donnée au début, que des recherches ont prouvé qu’elle favorise un apprentissage plus rapide et durable par comparaison avec un renforcement positif sans récompense alimentaire et que l’animal sera préalablement éduqué à la manière de recevoir et de prendre la friandise afin de ne pas se transformer en glouton surexcité potentiellement dangereux.

    C’est là une question réellement ouverte. J’ai éduqué et dressé deux chiens : l’une avec récompenses alimentaires, l’autre sans. Les contextes de vie et les personnalités de ces deux êtres étant trop différents (l’une est arrivée chiot dans des conditions de vie confortables, l’autre est un chien de récup’ au passé violent), je peine à identifier la plus efficace des méthodes…

    L’excitation était effectivement présente chez la chienne pour laquelle j’ai utilisé des friandises mais elle restait modérée. Parallèlement, j’ai aussi observé des acquisitions très rapides avec un fort intérêt. C’était particulièrement utile pour du dressage (tous ces tours que nous nous amusons à leur apprendre). Concernant l’éducation, en revanche, ça me semble effectivement superflu sinon contre-productif.

    Un avis radical sur le sujet est-il réellement possible ?

    Bonne journée et merci beaucoup pour vos écrits !

    1. Eva bonjour, Merci pour votre témoignage.
      C’est essentiellement l’expérience qui guide ma réflexion sur le sujet que vous abordez.
      J’ai eu l’opportunité de croisser de nombreuses relations installées dans la récompense. Par exemple une artiste évoluant avec son étalon qui spectacle après spectacle était en attente de la récompense au point que venant pour lui trop tard c’est mis à agresser sa partenaire de piste ce qui a conduit à l’annulation de la prestation. J’ai réaliser un spectacle avec une quarantaine de chevaux sans récompense. Rendre un individu addict au sucre, à la friandise, nous place dans des rapports contestables et fausse la relation.
      Les 80 chevaux que je côtoie n’ont jamais reçu la moindre récompense et pourtant, comme vous pouvez le constater sur les vidéos, il demeurent très à l’écoute lorsqu’ils sont libres en transhumance. Je suis convaincu que les individus du troupeau communiquent entre eux pour partager le fait que nous assurons le mieux pour eux. Cette simple donnée installe une complicité sereine.
      Plus personnellement, je n’instaure pas avec mes partenaires humains une relation basée sur la récompense. Tu auras un bijou en récompense, si tu fais ce que je te demande ?!?
      La récompense pollue la relation. Je préfère le partage, la bienveillance, l’écoute, le respect qui, nous le savons, garantissent une relation épanouie.
      Vous l’avez compris, installer un individu dans l’inconfort pour qu’il apprécie la « zone de confort » et qu’il en soit reconnaissant est une façon de faire pour le moins discutable.
      La dépendance perturbe les relations.

      Amitiés

      Pierre

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