des références contestables

Dans une relation inter-espèces comme dans une relation intra-espèce, il serait illusoire d’assurer qu’elle est épanouie si l’un des deux individus n’est pas installé dans des conditions de vie un minimum acceptables. Or le monde équestre traditionnel présente aux cavalières des références contestables. La domination, l’infibulation, l’accouplement forcé des juments sont autant d’exemples probants de dérives qui conduisent à quelques comportements inadmissibles. Comme un miroir, la pédocriminalité est malheureusement très présente dans le monde sportif de l’équitation. Les cavalières concernées osent sortir du silence en dénonçant ces entraîneurs qui abusent d’elles. Leurs témoignages nous interpellent. Ils sont sidérants : « Si tu ne couches pas, tu n’auras pas le bon cheval pour la prochaine compétition. » Détruire une vie pour assouvir ses pulsions, c’est l’ infernale équation de l’accouplement forcé banalisé dans le monde équestre. La  présidence de la Fédération française d’équitation (FFE) couvre par son silence les faits de viol sur mineures – cf. l’enquête Médiapart signée Quentin Müller et Margaux Solinas, publiée les 23 mai et 11 juin 2020. Violer une jeune adolescente dans un box ou dans la chambre commune entraîneur-compétitrice, ne serait donc pas dénonçable. S’en offusquer nous classe hors du champ du monde équestre traditionnel, nous étiquette comme rabat-joie. Pourtant nous le confirmons, le manque de respect de l’autre ne saurait être considéré comme une marque de joie. La célèbre formule « à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent » ne manque pas seulement d’élégance, elle marque surtout un territoire où le mépris de l’autre est une valeur installée.

A califourchon !

La déconsidération de la femme dans le monde équestre n’est pas nouvelle. Avant le début du xxe siècle, les femmes qui montent à califourchon sont considérées comme des dépravées, des garçons manqués. On ne sait jamais, si la femme prenait du plaisir en se frottant au dos de sa monture alors que l’homme dans la même position doit au contraire être attentif à ne pas mettre en péril ses organes génitaux, ce serait inacceptable. Inacceptable dans une société conduite par le plaisir exclusif de l’homme. Cette position ne manque pas de générer des fantasmes pour justifier qu’une femme ne doive surtout pas enfourcher un cheval. Le plus persistant reste celui qui prétend que la femme peut y perdre sa virginité. Recevant dans notre centre de randonnées de jeunes cavalières issues de familles de croyance musulmane, il était souvent difficile de rassurer les jeunes, terrorisées par leur père.

L’alterité

L’équitation, activité ludique, apprentissage de la vie sociale, peut démontrer aux machistes que l’altérité, le partenariat, la recherche d’un mieux-être mutuel portent des fruits relationnels plus denses, plus forts et plus performants que la domination. La culture de l’épanouissement prévaut sur celle de l’affrontement. Il serait dangereusement réducteur de croire que les femmes vont assimiler l’attention et le respect portés au cheval à l’attitude qu’elles pourraient avoir face à un humain qui n’a cure de l’altérité. Une jeune femme attentive à son compagnon cheval ne deviendra pas une femme servile, au contraire elle apprendra que l’échange dans le respect est gratifiant et elle le proposera à son partenaire humain.

Le monde équestre traditionnel tel qu’il est actuellement freine l’émancipation. La raison de cet archaïsme réside dans la permanence d’une éducation faisant fi de l’altérité. Les nonnes monitrices ont reçu un enseignement divin contrôlé avec soin par le directeur technique national, appelé « Grand Dieu ». Sortir du monastère par n’importe quelle porte est la seule solution pour que les cavalières s’émancipent. La seule et unique antidote à « l’éternelle » soumission, c’est de proposer un enseignement équestre nouveau qui intègre la diversité, le respect et le plaisir d’un moment partagé avec un partenaire conciliant, le cheval, dès lors que lui aussi n’est pas soumis à des pratiques irrespectueuses.

Pierre ENOFF

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