Alors que le thème du « bien-être animal » est sur toutes les lèvres, sommes-nous en capacité d’atteindre cet objectif devenu éthique. « Etre », nous comprenons ce que cela signifie, mais le « bien » comment se définit-il ? Nous pouvons le définir en l’opposant au mal. Notion générée par la culture judéo-chrétienne. Existe-t-il un bien absolu, commun à chaque individu, un bien « étalon » ? Entre le « mal » et le « bien » se glisse avec à-propos le « mieux ».

Retenons donc cette notion pragmatique : le mieux-être.

Le mieux-être invite à l’action, à l’optimisme. L’objectif est fixé : porter toute son attention afin que l’autre soit au mieux pour lui-même. Un programme certes moins prétentieux dans l’absolu, mais plus accessible que le « bien » qui serait, vu par les chevaux, peut-être de les laisser vivre libres dans la nature. Nous ne saurons jamais ce que pensent les chevaux de notre relation, en revanche nous sommes en mesure d’en apprécier la qualité. Dans ce cadre, la conquête du « mieux-être » est une démarche adaptée au monde équestre actuel tant il y a de choses à améliorer, donc à changer en mieux.

Son mauvais traitement s’inscrivant dans la durée, le cheval est l’animal le plus maltraité. Même si nous distinguons le « mauvais traitement » par ignorance de la « maltraitance », pour le cheval, le résultat est identique. Nous savons que l’isolement brise la personnalité, alors ceux qui isolent leurs chevaux dans une cage, tout en sachant que le cheval est grégaire et doit parcourir 10 km chaque jour, sont-ils considérés comme maltraitants ? Pas vraiment, étant établi que la tradition, la coutume, l’habitude viennent au secours des dérives aujourd’hui identifiées. C’est ainsi que les maltraitants ne se sentent pas maltraitants et ne sont pas punis pour maltraitance. Pire, le maniement d’un morceau de ferraille dans la bouche est présenté comme étant l’art équestre par excellence. Joker ! Pourtant les traitements cruels envers les chevaux menacent notre ordre social, menacent notre humanité.

L’institutionnel du monde équestre ne donne pas le bon exemple. Dans les écoles vétérinaires, ce sont des pratiques maltraitantes comme l’infibulation qui sont toujours enseignées et font l’objet de thèses rédigées par des femmes ! Notons la schizophrénie de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE*), qui enferme les chevaux à Saumur et met en place une charte concernant le « bien-être » des chevaux à grand renfort d’études.

C’est pourtant simple, pas besoin de longues recherches pour comprendre qu’un cheval en prison, que sa mise à l’effort jeune, le mors, l’hyperflexion de l’encolure, le sevrage précoce, le rasage des vibrisses, l’accouplement forcé, le dopage, la nourriture inadaptée… sont autant de mauvais traitements assumés qui nous éloignent de la notion de mieux-être. La maltraitance atteint des sommets dans la compétition. Comme l’affirme un juge international (1), « en compétition, on est toujours sur le fil rouge tant on pousse les chevaux au-delà des limites ».

Pas de mieux-être sans respect

Les médias, les réseaux sociaux sont très présents dès qu’il s’agit d’évoquer le « bien-être » animal. Le sujet est au cœur d’un questionnement sociétal. Garantir le mieux-être d’un animal domestique comme le cheval, demande du savoir et du respect en matière d’impératifs biologiques. Nous avons passé en revue deux postes qui sont incontournables si l’on souhaite véritablement s’inscrire dans la démarche du mieux-être : la nourriture et l’environnement. Inutile donc de se gargariser avec l’amour que l’on porte à son compagnon équin tant que le respect des impératifs biologiques n’est pas intégré dans la relation que l’on instaure avec les chevaux. Pour le monde équestre traditionnel, le « bien-être » du cheval est élastique. Comme nous l’avons noté, en 2018, à grand renfort de publicité, l’IFCE, pusillanime, nous propose la fameuse CHARTE pour le BIEN-ETRE EQUIN. Le titre est en majuscules mais l’ambition demeure minuscule. Pas de remise en cause fondamentale sur le comportement et les pratiques des professionnels de la filière. Le box y est toujours recommandé, concernant l’entretien des sabots, la ferrure répond aux critères de la charte, on y parle toujours de races… Il y est aussi recommandé de nourrir les chevaux avec ce qui est qualifié pudiquement d’aliments complémentaires voire complets comme les granulés. Comment peut-on donner un tel conseil dans une charte pour le bien-être ?

Pour nourrir les animaux de compagnie, l’industrie agro-alimentaire est championne du monde dans l’art de recycler les résidus. Tout y passe, les derniers déchets des abattoirs, les huiles usées des restaurant, les animaux malades, les invendus des supermarchés, les chiens et chats ramassés dans la rue ou dans les refuges, le tout mélangé à des agents de saveur, à des « digestifs » qui vont rendre l’improbable mélange appétissant et digeste.

Nos 30 millions d’amis sont en fait transformés en 30 millions de poubelles et le million de chevaux en fait partie. Il est très instructif de consulter « le catalogue des matières premières pour aliments des animaux » réglementé par la commission de l’Union Européenne (2). Cent vingt pages édifiantes. La commission aurait mieux fait de nous dire ce qui est interdit, en l’occurrence même pas l’antigel administré pour augmenter la lactation !…

Pour rendre possible la digestion d’une alimentation inadaptée, l’industrie va avoir recours à des mélanges circonstanciés. Le premier des additifs a pour objectif de rendre appétants les aliments proposés aux animaux. Deux pistes principales sont exploitées, la saveur et la dépendance. Pour améliorer la saveur, les habiles concepteurs vont être très attentifs à l’odeur de l’aliment, sa texture, sa couleur, son goût. En ce qui concerne l’appétence, il est régulièrement fait appel au sucre contenu dans la mélasse. Reste à les rendre digestes. Pour assimiler les céréales omniprésentes dans le cocktail, il est indispensable d’introduire les enzymes qui font défaut dans le système digestif des chevaux.

Les aliments composés proposés aux chevaux ont le plus souvent pour base des céréales. Le gluten est une protéine que l’on retrouve dans les céréales comme le blé, le seigle ou encore l’avoine. L’agro-alimentaire, pour des raisons économiques, a sélectionné les variétés de céréales les plus riches en gluten (plus il y a de gluten, plus le pain gonfle), qui n’est pas une substance innocente. Les gliadines, un de ses composants, ont la fâcheuse habitude de détruire les jonctions cellulaires de l’intestin du cheval, ce qui rend le tube digestif « poreux ». Devant ce danger, l’organisme réagit fortement et déclenche son système immunitaire. La muqueuse intestinale est irritée et se trouve dans l’incapacité d’assimiler correctement les nutriments. Conséquences sans appel : irritation du colon, inflammation intestinale, stress, maladies neurologiques… On trouve une forte concentration de gluten dans la plupart des granulés. Pendant que le gluten détruit l’intestin et que 60 % des chevaux meurent de « coliques », l’agro-alimentaire fait son blé !

Inscrire les professionnels et les institutions dans le changement

De plus en plus de professionnels prennent conscience de l’indispensable changement de pratiques devant conduire à un mieux-être partagé. Monitrices, vétérinaires, maréchaux-ferrants se remettent en cause. Quittant le consensus ambiant, ne cautionnant plus les dérives, ils sont souvent ostracisés. La démarche n’est pas évidente mais elle est gratifiante. Nous avons évoqué ce vétérinaire, champion de France d’endurance, juge FEI quatre étoiles – le top des juges internationaux –, déclare publiquement qu’au cours de ses études, il n’a pas appris ce qu’est véritablement la locomotion équine. Cette réflexion nous interroge sur la qualité de l’enseignement vétérinaire qui tord les données pour justifier un ferrage handicapant (3). Ce maréchal-ferrant de l’IFCE  découvre que le cheval ne se réceptionne pas sur son ongle et qu’en conséquence, il va laisser sabots libres les jeunes chevaux du Haras du Pin (4). Ou encore cette maréchale au prénom prédestiné, Frédérique, anagramme de « qui déferre ». Aujourd’hui, elle ne ferre plus aucun cheval (5). Le 23 novembre 2020, la Fédération équestre internationale (FEI) décide de disqualifier un cheval dont les vibrisses ont été rasées. Toutes ces démarches, même si elles sont quelque fois troublées par des scories culturelles, demandent une remise en cause et un abandon de croyances très prégnants.

Souhaitons, au fur et à mesure que le savoir se diffuse, que ces prises de conscience se multiplient et que nous nous inscrivions dans une vraie recherche du bien-être, tant pour les équins que pour nous les humains. Le mieux-être n’existe que si toutes les composantes individuelles bénéficient d’un respect de leurs besoins physiologiques, mentaux et sociétaux. Il convient de faire évoluer ce monde qui méprise avec superbe le mieux-vivre des chevaux. Certes la transition sera longue mais il faut bien l’initier un jour.

  • * IFCE : Institut Français du Cheval et de l’Equitation – Haras Nationaux.
  • 1 & 3 – https://equi-libre.fr/2020/10/veterinaire-fei/
  • 2 – https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32017R1017&from=IT
  • 4 – https://equi-libre.fr/2020/09/marechal-ferrant-ifce-haras-nationaux/
  • 5 – https://equi-libre.fr/2019/05/frederique-marechal-ferrant/
  • Infibulation https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=vulvoplastie+chez+la+jument

1 réflexion sur “Objectif « mieux-être »”

  1. Michel HARTEEL

    Une fois de plus Pierre, bravo pour ta pugnacité dans le combat pour le « mieux-être » des chevaux… Courage et ne lâche rien. « Tout ce qui est impossible, reste à accomplir ». JULES VERNE… Disons plutôt. Semble impossible.

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