Sabot : inconfort post-intervention

Tout changement trouble

Pierre Enoff juin 2023

« Et voilà, vous avez enlevé les fers et maintenant votre cheval est boiteux ! » ou encore : « Vous avez décapé les sabots de mon cheval, à présent il se couche régulièrement ! »

Combien de fois entendons-nous ce genre de réactions spontanées. Pourtant, ce n’est pas parce que les fers sont ôtés que le cheval a du mal à se déplacer, c’est précisément parce qu’il a été ferré que se révèlent les dégâts provoqués par le ferrage. Nous nous trouvons dans une situation identique quand l’entretien du sabot a été négligé et que l’intervenant est contraint de décaper pour retrouver un sabot sain.

Lorsque les Chinoises débandaient leurs pieds, elles se trouvaient confrontées à des douleurs.

Dans la période succédant au déferrage, ou encore suite à un entretien de « rattrapage » d’un cheval sabots libres, il est courant que les chevaux se couchent pour se soulager le temps, qu’entre autre, le coussinet digital, à nouveau normalement sollicité, retrouve une texture conforme, le temps que les tendons retrouvent leur fonctionnement normal.

Confronté à ce type de situation, le propriétaire s’affole, surtout que l’intervention est programmée pour le mieux-être du cheval. Situation paradoxale ne manquant pas de donner du grain à moudre aux détracteurs du sabots libres qui se lâchent en criant à la maltraitance et bien sûr cherchent à culpabiliser le propriétaire pour qu’il ferre à nouveau, qu’il pose des bandes collées sur la paroi ou tout autre type de dispositions signant un retour en arrière comme un retour dans le camp de ceux qui croient encore, au XXIe siècle, que le cheval se réceptionne sur sa paroi, sur son ongle ?!?.

En fait l'intervention elle même ne peut être à l'origine d'une difficulté de déplacement. Nous savons que le cheval se réceptionne sur son coussinet digital, or soit en ôtant le fer, soit en toilettant le sabot ou en taillant l'ongle court, à aucun moment n'est touché le coussinet digital. L'absence de fer, l'exfoliation des tissus dégradés, la taille d'un ongle trop long rendent à nouveau le coussinet digital fonctionnel. Il s'est atrophié après une longue période de non sollicitation conforme et tout ne peut pas revenir à la normale du jour au lendemain.

L’incompréhension et l'inquiétude peuvent être entendues quand on est face à son cheval qui est mal à l’aise dans le déplacement, alors que l'intervention est menée pour améliorer une situation non conforme. Il est donc important de comprendre ce qui se passe réellement.

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Que se passe t-il ?

En sortant de chez le dentiste ou encore de chez l’ostéopathe nous constatons quelquefois une perturbation sans pour autant accuser l’intervention salutaire du praticien. Il ne serait pas très sérieux de préférer garder nos caries dentaires par peur de cet inconfort limité dans le temps qui est certes induit par l’intervention mais surtout le fruit d’un manque d’entretien régulier ou encore d’une alimentation agressive pour notre dentition.

Il en va de même quand on intervient sur la boîte cornée du cheval. Le seul fait d’exfolier les tissus dégradés, de couper l’ongle court dévoile les désordres masqués.

Révéler ces désordres est salutaire.

Se pose alors la question de confiance : Pourquoi l’intervenant ne m’a pas prévenu, moi propriétaire, du niveau de ces désordres qui font que nous entrons dans une période transitoire délicate ? Le propriétaire n'a pas été prévenu parce que la particularité des désordres masqués, c’est qu’ils sont précisément masqués et ne sont démasqués qu’au cours de l’intervention. Le spectre des désordres est large, aussi est-il impossible de définir au préalable, par exemple, à quel degré le coussinet digital a été perturbé. L'intervention sur la boîte cornée n'est en rien responsable de l'absence d'une texture conforme du coussinet digital, les dommages ont été générés avant l'intervention.

Le dentiste ne découvre l’étendue de la carie qu’au cours de la progression du décapage.

 

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Que faire ?

Laisser les désordres sous le tapis ou intervenir.

  • Referrer, laisser la boîte cornée dégradée, polluée, en exposant, dans le temps le cheval à des problèmes sur l’ensemble du corps.
  • Intervenir pour améliorer à terme le contexte, en comprenant et en acceptant une période transitoire quelque fois perturbante.

Se retrouver dans une turbulence alors que l’intervention est faite pour que cela aille mieux peut être désarçonnant, c'est le cas de le dire... La compréhension de cette contradiction et la patience doivent alors nous permettre d’apprécier avec pertinence la situation dans laquelle se trouve le cheval. Rappelons que l’intervention de déferrage ou d'entretien du sabot est prioritairement mise en œuvre pour le mieux être durable du cheval.

Libérer le cheval du ferrage, maintenir un ongle court et propre est essentiel pour la santé d’un cheval en général mais plus encore quand il est contraint sur un espace réduit et donc pollué et/ou sur un sol non abrasif. L’état sanitaire de l’interface entre le sol et l’individu conditionne l’état sanitaire de tout l’individu.

Garantir un bon état sanitaire de la boite cornée, c’est investir durablement dans la santé du cheval.

Pour rappel, nous comprenons aisément qu’en présence d’un fer, il est physiquement impossible de garantir un bon état sanitaire par le simple fait que, sous le fer, les bactéries anaérobies pullulent…

Un accompagnement à l’aide de produit à base d’arnica, de curcuma ou du type « PhytOhm Chevaux pieds nus » soulage le temps que la sensibilité digitale se normalise. Des bains de pieds sont aussi bienvenus. Pendant quelques temps le cheval ne sera pas en capacité de partir en concours ou de faire une randonnée. Une reprise d'activité en main, d'abord sur des sols mous puis graduellement sur des substrats plus durs, sachant que les problèmes liés au mouvement se règlent par le mouvement et certainement pas par l'immobilisme. En situation post traumatique le kiné nous invite au mouvement même si cela "tire fort". Il sait qu'il garantit ainsi notre mobilité.

Nous avons, durant une longue période, été négligents dans l'entretien des sabots ou irrespectueux des bases de la locomotion équine en clouant des fers, Nous devons donc, en toute conscience, respecter le temps qu'il faut au cheval pour retrouver ses marques. Il en va de sa santé physique et mentale.

Notons que le trouble post intervention est léger quand les structures internes n'ont pas été abîmées ou atrophiées.

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Un sabot sain pour un corps sain

Quand le cheval dispose d'un espace et d'une alimentation conformes, il est en capacité de gérer l'état sanitaire ainsi que le profil de ses sabots.

Dans un contexte non conforme, c'est au propriétaire, au responsable, d'assurer le suivi pas à pas.

Quand ce responsable délègue à un intervenant, plus l'intervalle entre chaque intervention est important, et les conditions de vie éloignées de la conformité, plus la marche sera haute et donc plus le changement sera important et plus il troublera.

C'est la raison pour laquelle il est important :

1 – De respecter les impératifs biologiques du cheval en offrant un espace et une nourriture adaptés.

2-  D’apprendre à gérer soi-même l’état sanitaire de la boite cornée pour assurer un suivi et donc ainsi minimiser le trouble.

Tout changement trouble, et quand c'est pour obtenir un sabot sain et donc pleinement opérationnel, ce trouble doit être apprécié à sa juste valeur et surtout pas inconsidérément dramatisé. L’absence de suivi d’entretien régulier et approprié à conduit à une situation qui, jour après jour s’est insidieusement dégradée. Permettre de retrouver ce que la nature a fait de mieux, alors que nous nous en étions éloigné, a du sens.

Les sabots peuvent, s'ils ne sont pas correctement entretenus, devenir une porte d'entrée de désordres fâcheux pour l'ensemble du corps du cheval.

Un sabot sain garantit un corps sain et une locomotion conforme.

1 réflexion sur “Sabot : inconfort post-intervention”

  1. DALBIN Jean-François

    Le problème réside dans le fait que cette transition peut durer de 6 mois à un an, voire deux ans, et que peu de cavaliers ou de propriétaires consentent aussi longtemps à SE sacrifier, à SE priver de monte ou de travail rémunérateur, pour le mieux être de leur cheval. Il est alors plus confortable de hausser les épaules, de jeter un regard méprisant et de se gausser en avançant avec beaucoup de prétention, de pseudo connaissances pour maintenir « un bon vieux ferrage traditionnel ».
    L’erreur est humaine mais la bêtise, la suffisance et l’ignorance rendent cette erreur bien cruelle pour le cheval.

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