Sur les naseaux
Pierre Enoff octobre 2024
L’abandon de la pratique du mors est vécu comme un soulagement par le cheval. L’inquiétude demeure quelque fois du côté de la cavalière qui est persuadée que le mors est un élément de sécurité alors que nous savons qu’aucune embouchure, si sévère soit-elle, ne permet pas de contrôler un cheval avec lequel la complicité n’est pas acquise. Le mors n’est ni une assurance-vie ni un frein à main. Au contraire, la douleur provoque un effet d’emballement très préjudiciable. Pour celles qui ne se sentiraient pas rassurées, il est possible, avec deux paires de rênes, d’installer une surnasure tout en gardant le mors le temps d’apprendre à gérer la relation avec la nouvelle configuration.
Précisons que l’action des rênes n’est qu’un des moyens de communication. Nous pouvons même dire qu’un cheval ne se « conduit » pas avec les mains. L’action sur la tête du cheval ne doit être qu’une confirmation. La voix, la posture de la cavalière – l’assiette, les jambes -, mais aussi son attitude globale, sa disposition générale, son rythme cardiaque, ses effluves… sont autant de signaux envoyés au cheval pour intégrer les intentions. Désirer avoir un cheval à l’écoute, détendu, réceptif alors que l’on est soi-même crispée et inquiète, est une exigence perturbante pour la monture.
Les équipements sans mors sont une alternative plus douce et plus conviviale. De multiples exemples nous ont permis d’observer que les chevaux n’ayant pas à subir la contrainte d’un objet dans la bouche sont plus détendus et plus attentifs. L’interaction humain-cheval est nettement plus sereine tant au niveau du contrôle que de la sécurité. Une fois que le cheval accepte d’être chevauché, il n’est pas utile de le soumettre à la contrainte du mors qui se révèle contre-productive en termes de relation.
Les propositions alternatives sont nombreuses. Lorsque la complicité et la confiance mutuelle sont présentes, une simple cordelette autour du coup peut suffire. Attention, cette pratique n’est pas accessible à toutes les cavalières.
Plus directes dans la transmission et suivant le modèle retenu, les surnasures agissent sur des points de pression différents.
Le bosal avec sa muserolle rigide peut être très sévère.
Le licol en corde à nœuds – qualifié abusivement de licol éthologique - présente l’inconvénient d’agir sur des nerfs provoquant des douleurs faciales, ce qui n’est pas l’effet recherché.
L’hackamore dispose d’un bras de levier plus ou moins long donc plus ou moins dur. Il peut être très sévère si la gourmette est agressive. Cet équipement est utilisé principalement en rêne d’appui.
Le bridon avec les rênes fixées directement sur la muserolle.
Par expérience, préférence au bridon croisé dessous qui répartit les points de pression grâce au système sous-auge coulissant.
Quelle que soit la surnasure choisie, elle doit convenir au cheval et à sa cavalière. Pour cela l’équipement doit être correctement adapté à chaque tête et, dans tous les cas, ne doit pas exercer de pression sur l’os nasal et ni gêner le gonflement des naseaux. Il convient d’éviter les lanières trop fines ou trop agressives.
L’utilisation d’une surnasure demande à ne pas agir en permanence avec les rênes. C’est uniquement pour communiquer une instruction que les rênes sont mises en tension. Trop souvent l'action sur les rênes est considérée comme si nous devions donner un coup de volant ou un coup de frein ! Un peu de finesse dans ce monde de brutes…
Embouchure : en bouche
Surnasure : sur naseaux
Ennasure : en naseaux ?!?