La Hauteur des talons

Un cheval, ça bouge !

Pierre Enoff avril 2024

Notons que l’intérêt de l’humain dans sa relation au cheval, c’est principalement son déplacement.
Tirer des véhicules, organiser des concours de saut, d’allures, des courses, des voyages, des spectacles…
Or nous constatons que les professions de maréchal-ferrant et de vétérinaire ne reçoivent pas de formation spécialisée dans le mouvement, pour garantir le « bien-être » des chevaux et améliorer leurs performances.
Cette situation paradoxale, que nous avons largement décrite dans un article précédent – voir "A chacun son métier" – induit une série d’approximations et de contre-vérités diffusées par ce corps professionnel qui n’est en rien expert en terme de rigueur de la science physique. Pourtant le duo incompétent véto-maréchaux demeure la référence. Il colporte des aberrations énormes qui se répandent dans le monde équestre sous le sceau des soi-disant sachants.

Ces professionnels englués dans une culture traditionnelle ne savent pas qu’ils ne savent pas. Ils sont persuadés de maîtriser les lois du mouvement. Cette situation est la pire qui soit. Elle rend impossible la remise en cause et l’ouverture au savoir.

Analyser un objet en mouvement exige d’avoir une rigueur dans l’observation quand il s’agit d’un individu.

Un ingénieur à qui on demande de créer un ensemble devant se mouvoir doit engager son travail sans aucun a priori. Le moindre à priori peut se révéler catastrophique. Par exemple, si nous considérons, apriori, qu’un objet de plusieurs tonnes ne saurait tenir tout seul en l’air, il n’y aura jamais d’avion. Pour que l’avion tienne en l’air il convient que chaque élément qui le constitue soit à sa place avec la bonne forme, avec la résistance adaptée. L’ingénieur va donc concevoir pièce après pièce un ensemble capable de se mouvoir sans qu’il se dégrade lors de la mise en mouvement. Nous comprenons qu’il est plus facile de concevoir une objet statique comme une table, qu’une bicyclette qui va devoir être conçue dans le respect des lois du mouvement, de la dynamique.

Quand un ingénieur physicien observe un être vivant qui se meut, son analyse des éléments qui le constitue est inversée par rapport à la conception d’une bicyclette. Pour le vélo, il conçoit chaque pièce suivant la fonction qu’elle remplit. Pour le cheval, il va devoir observer chaque élément constitutif - emplacement, forme, texture, résistance… - afin d'en définir la fonction. Cette observation doit s’opérer avec pertinence et aboutir à une cohérence biomécanique, cohérence qui rend l'individu considéré viable.

 

ongle-porteur-sabot

Des talons à hauteur de la situation

Prenons l’exemple de l’interface entre le cheval est le sol : Le sabot

Première observation : L’interface sabot n’est pas monolithique. Trois structures constituent l’ensemble de la boite cornée, elles sont liées par des éléments de jonction.

Deuxième observation : Chaque structure est constituée d’une texture particulière et a une forme différente des autres.

De ces observations nous pouvons conclure que nous sommes en présence de trois « pièces » qui, de par leurs différences observées, remplissent des fonctions différentes.

C’est ainsi que chaque partie du cheval doit être décortiquée pour comprendre la fonction de chaque élément constitutif du corps qu’a imaginé « l’ingénieur nature ». L’ingénieur physicien doit observer sans se laisser embarquer par des considérations culturelles, des croyances ou des observations biaisées. Il est impératif de dresser le bilan complet des forces en présence et de déterminer, un à un, méthodiquement, les éléments en capacité de prendre en charge ces forces.

Evoquons la zone de réception au niveau de la boite cornée.
Quand nous parlons de zone de réception nous parlons d’éléments qui participent activement au mouvement. La réception est la phase qui requiert d’absorber et de diffuser l’énergie liée au mouvement la plus importante - 50 000 joules au galop.

Comme nous l’avons analysé dans l’article - "Le cheval onguligrade n’existe pas " -, l’ongle n’est pas en capacité structurellement d’absorber et de diffuser une telle énergie. Une observation trompeuse nous pousse à penser que cet élément participe à la réception puisque nous constatons que la paroi touche le sol. Toucher le sol n’implique pas systématiquement que l’ongle a pour fonction la réception, l’absorption de l’énergie et sa diffusion.
Il convient donc de ne pas confondre « ce qui touche le sol « et « ce qui participe activement à la réception ». A la descente du boulet les fanons eux aussi touchent le sol, pour autant ils ne participent à l’absorption de l’énergie cinétique.
La paroi touche le sol mais ne bénéficie d’aucunes structures relais pour transmettre les 50 000 joules. Une observation devrait permettre à ceux qui restent fixés sur de la théorie de la paroi porteuse, théorie visant à justifier la pratique du ferrage. Lorsque l'ongle ne peux s'user, il pousse et part en "babouche", il se dérobe, il nous indique clairement, si nous avions pas encore compris, que ce n'est pas son rôle de porter le cheval.
La fourchette, elle, touche le sol et participe à la réception en transmettant les efforts via le coussinet digital et les diverses structures internes.

objet

La parabole du doigt

Forts de ces précisions, nous comprenons à quel point le débat sur la hauteur des talons est un débat stérile.

1 - La fameuse « hauteur des talons » serait d’une importance capitale dans la locomotion équine alors que les talons, la paroi, ne sont physiquement pas en capacité de diffuser l’énergie liée au mouvement. La paroi est un ongle, un pare-choc, un capteur sensitif, mais certainement pas un élément « porteur ».

2 - Prétendre régler la hauteur des talons en statique n’a aucun sens tout simplement parce que la boîte cornée se déforme en dynamique, au galop, et qu’il est impossible et inutile de connaître précisément cette déformation qui est propre à chaque cheval. Seul le cheval est en capacité de régler la hauteur de ses talons par pousse et usure successives, réglage fin et précis visant à ne pas perturber l'appui de la fourchette - voir article.

Pour affirmer ce qui est présenté ici, nous devons relater ce qui est observable grâce au ralenti d'une camera. Au moment de l'impact au sol, furtivement, la pince se lève, plus le cheval va vite plus elle se lève. Ce phénomène est explicable. En levant la pince, le cheval va solliciter plus ou moins d'épaisseur du coussinet digital qui a une forme parabolique. Cette parabole correspond fidèlement à la parabole de l'équation de l'énergie cinétique.

Pourquoi le cheval lèverait-il plus ou moins la pince s'il se recevait sur l'arrière de la paroi ? Aucune structure comparable au coussinet digital parabolique n'est en capacité de recevoir l'énergie qui lui serait transmise par les talons au moment de l'impact au sol. La théorie de l'ongle porteur ne s'appuie sur rien de factuel. C'est juste une interprétation hasardeuse qui ne trouve aucune cohérence biologique pour la confirmer. Il faut dire que nous partons de loin. Hier encore dans les manuels on enseignait que le cheval se réceptionne en pince. Aujourd'hui nous sommes en talon. Mais à quel moment le duo magnifique "véto-maréchaux" intégrera cette notion basique : un ongle n'a pas pour fonction d'absorber et de diffuser l'énergie liée au déplacement quand bien même il touche le sol.

La biomécanique, impose d'avoir des connaissances sur les lois qui régissent le mouvement et demande de la rigueur dans l'observation. Dommage que ces connaissances ne soient pas enseignées auprès des intervenants professionnels.

 

Pour avoir des connaissances sur le bout des doigts, participez aux stages sur l'entretien des sabots et la locomotion équine animés par Pierre ENOFF.

doigt-parabolique

2 réflexions sur “La Hauteur des talons”

  1. Greetings Pierre–and thank you for this information about equine locomotion.

    When we honestly desire to attain important information about any subject, we do well to consult WITH that subject and gain insights FROM that subject. While it is relevant to understand history, it is most helpful to avoid continually antagonizing our relationships. We all do better with our bodies and minds intact as we MUTUALLY engage with each other.

    We have everything to gain and enjoy when we respect the nature of Equus, in this case beginning with their very foundation — the brilliant design of their feet to function as you describe.

    I wish you continued keen insights as you develop even more wonderful questions to ask the horses.

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