Institut Français du Cheval et de l'équitation complice de cruauté
Pierre Enoff Mai 2024
Les expérimentations menées au nom de la science poussent le bouchon trop loin. Le Docteur Pollitt (1), qui sert de référence aux vétérinaires équins et aux maréchaux, prend six chevaux et n’hésite pas à fixer mécaniquement à l’aide de vis, in vivo, la paroi sur la troisième phalange. Au point où on en est on cloue déjà à grands coups de marteau, pourquoi se limiter à ce bricolage. Poussons plus loin, allons-y, un coup de perceuse deux bonnes vis, et le tour est joué. Au nom de la « science » les duettistes maréchaux assurent le service après-vente en nous présentant cette barbarie... Comment ne pas avoir honte ?
Sabotage equin
Des maréchaux-ferrants, croyant tenir une théorie justifiant leurs pratiques intrusives, évoquent dans une récente vidéo l'image d'une phalange qui ferait du trampoline en étant suspendue à la paroi du sabot. Concept très fun mais surtout très faux...
Nous savons tous qu’un édifice est d’abord constitué d’une ossature puis sont érigés les murs et les cloisons en s’appuyant sur la structure qui est en place.
Ce concept réaliste nous apparaît évident. Il ne l’est pas pour les vétérinaires référents du monde équin traditionnel. Pour eux l’ossature est « suspendue » aux murs.
Explication : à longueur de thèses, d’exposés, de conférences, de publications concernant le doigt du cheval, il nous est présenté un concept pour le moins surprenant. La troisième phalange serait suspendue à la paroi, l’ossature suspendue à la muraille.
Quand la troisième phalange fait du trampoline !
A partir de la rubrique intitulée « ASKIP : les idées reçues sur pieds nus/ pieds ferrés » - voir extrait vidéo joint -, présentée par l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), citons in extenso les animateurs maréchaux ferrants Franck TABAC et Pierre AUQUE :
« La troisième phalange est suspendue par ces branches de collagène et ce sont ces liens verticaux entre l’os et la paroi, un petit peu à la façon d’un trampoline, qui permettent à la phalange de glisser par rapport à la paroi. »
Ironie du sort,ce sont ceux qui se donnent pour mission de nous alerter sur les idées reçues qui les propagent. Un comble ! Cela dit, on ne va pas demander à ces maréchaux ferrants de travailler contre leur boutique même si en préambule ils essaient de nous faire croire qu’ils n’ont aucun conflit d’intérêt. Ils ne vendent pas de formation affirment t-ils la main sur le coeur, alors que l’un d’entre eux officie dans une école de maréchalerie. Ils ne vendraient pas de fers nous disent-ils. Comment ferrent-ils les chevaux… sans fers ?!? Nouveau concept…
Nous sommes bien évidemment dans une démarche qui a pour base théorique que le cheval se réceptionne sur son ongle. Les études citées par les animateurs maréchaux considèrent toutes que le cheval est un onguligrade. Aucune étude ne prouve cette affirmation mais elle est posée sans sourciller comme un postulat, un peu comme « le soleil tourne autour de la terre ». La théorie du « cheval onguligrade » est la reine des idées reçues.
Quand on s’engage dès le départ sur le mauvais chemin on ne peut que se perdre… En insistant sur cette mauvaise voie, on perd en cohérence à la fois physique et biologique.
Peu importe, incapables de remettre en cause une théorie sur laquelle ils travaillent depuis des années, par peur d’être mis à l’index, ils poursuivent et, inévitablement à force de tordre la réalité factuelle ils sont rattrapés par la patrouille.
Fuite en avant toute !
Pour les spécialistes mandarins de la locomotion équine, le cheval se réceptionne sur son ongle, il serait donc onguligrade. A partir de cette affirmation, qui n’a pas de sens en termes de biomécanique, mais qui a un sens pour justifier le ferrage, il va falloir développer la théorie. Cette théorie est celle de l’ossature suspendue à la muraille. Inversion complète de la réalité biologique. Ce serait donc une production épidermique qui ferait office de support au squelette, à la troisième phalange, qui pendue à la paroi va faire du « trampoline ». Les branches de collagène qui lient la paroi à la phalange vont donc devoir transmettre les forces liées au déplacement. C’est ainsi que la structure originellement perpendiculaire à la paroi, une fois soumises à des forces verticales induites par la présence du fer sur l’ongle, deviennent verticales.
Aucune étude ne démontre et ne peut factuellement démontrer que ces frêles branches de collagène sont en capacité de résister aux forces en présence. Cependant, le monde du ferrage va reprendre en cœur cette théorie et ce sans questionnement. Manière moutonnière de sauver la pratique du ferrage mais pas la structure de liaison entre paroi et phalange distale. Soumise à des contraintes non biologiquement programmées elle va souffrir. Cette délicieuse souffrance, vous l’avez peut-être vécue quand vous descendiez de la montagne et que vos ongles buttaient sur l’avant de vos chaussures…
La rigueur scientifique, elle non plus, ne sort pas saine et sauve de cette inversion malicieuse. Heureusement, l’observation au niveau de l’embryogenèse nous remet dans le bon sens. Elle nous rappelle que le stade de la production osseuse – le squelette - précède celui de la production épidermique - la peau et les ongles - et non l’inverse.
Logique implacable. C’est exactement ce que nous faisons quand nous construisons un édifice, d’abord l’ossature. C’est donc bien la paroi qui s’accroche à la troisième phalange et non le contraire. Ce n’est donc pas la phalange qui descend dans la boîte cornée mais bien la paroi qui éventuellement remonte si le réglage fin de sa hauteur par usure au sol n’est pas encore adapté, ou encore si le cheval est ferré – voir article.
C’est la cohérence biologique qui devrait guider tous ces producteurs de publications qu’ils nomment pompeusement « scientifiques ». Ils se cooptent entre eux, se soutiennent au nom du sacro-saint concept de l’onguligrade, sauf que le cheval onguligrade n’existe pas - voir article.
La préservation du marché que représente la pratique du ferrage, les financements tirés de ce marché économique puissant les pervertit. Inutile de qualifier ce type de compromission qui certes ne s’exerce pas sur le trottoir mais sévit en laboratoire…
Le cheval se réceptionne sur l'arrière de la boite cornée, sur sa fourchette élément protecteur du coussinet digital. Plus il va vite, plus il y a d'énergie à emmagasiner, plus il lève furtivement en pince avant le "posé" pour solliciter plus d'épaisseur du coussinet digital.
Abus de position dominante
Professeurs émérites, docteurs vétérinaires, mandarins, mystificateurs qui se présentent comme spécialistes de la locomotion équine cessez de produire des études biaisées cela devient ridicule. Elles finiront dans la poubelle d’une histoire peu glorieuse envers les chevaux. Il va être de plus en plus compliqué de faire passer des vessies pour des lanternes, des thèses fallacieuses pour des études sérieuses. Vous êtes démasqués. Au-delà de vos personnes vous faites passer les propagateurs de votre science courtisane pour des imbéciles. Plus grave, avec votre argumentation dépourvue de sens, vous justifiez une pratique d’un autre âge, de cet âge où le cheval était considéré comme une machine de guerre, ce au détriment des chevaux dont vous êtes sensés respecter les impératifs biologiques. Contraindre les chevaux à se réceptionner sur leurs ongles est un total irrespect de ces impératifs.
Sortir de la matrice « onguligrade »
Le monde du ferrage a du mal à se détacher des idées reçues, des croyances, des études biaisées. Toutefois constatons que le sabot libre s’invite de plus en plus dans ce monde inquisitoire.
Toutes les publications qui tentent de sauver le ferrage permettent de mettre le doigt sur les problématiques, de dénoncer les théories hasardeuses, de soulever les lièvres cachés derrière un vocabulaire volontairement hermétique.
Il faudra encore du temps pour faire accepter le fait que le cheval ne se déplace pas sur son ongle. Cette notion factuelle primordiale met à bas à elle seule la pratique du ferrage, c’est la raison pour laquelle les adeptes du ferrage refusent obstinément de l’intégrer. Le renoncement face à l’évidence demande une ouverture d’esprit, mais ce n’est pas en persévérant dans le déni que le cheval va, par miracle, changer sa locomotion et se réceptionner sur sa paroi.
Nous devons apprendre à être vigilants, à ne pas gober tout cru les études en général et les théories trop bien installées. Celles du monde du ferrage sont régulièrement sujettes à caution. Elles omettent systématiquement de préciser si les chevaux étudiés sont ou ont été ferrés. Cette donnée perturbe fondamentalement l’observation si elle à la volonté d’étudier les chevaux « chevaux ». Si de surcroït l’observateur considère que le cheval se réceptionne sur son ongle, il ne peut légitiment pas nous affirmer, du haut de sa « science », qu’il a conduit une étude conforme en termes de locomotion équine.
La théorie est nécessaire à la compréhension du monde qui nous entoure, à la compréhension du réel. Plus nous appréhendons le monde plus nous sommes en capacité de remettre en cause telle ou telle théorie ou de compléter telle autre. Plus nos connaissances avancent, plus nous affinons la théorie qui en aucun cas ne saurait être un dogme immuable.
A l’image de la théorie de la chute des corps d’Aristote remise en cause par Galilée, la théorie du cheval onguligrade comme celle de la phalange suspendue ont vécue dès lors que démonstration est faite de leur contradiction avec le savoir moderne de la physique et de l’embryogénèse.
1 - Solidariser la paroi à la phalange à l'aide de deux vis, une expérience gratuite et cruelle menée in vivo par le vétérinaire POLLITT, renouvelée sur six chevaux sains...